Le jugement (3ème épisode)

Quitte ou double

Sans s’offusquer le moins du monde de mon intervention musclée, qui avait tout de même interrompu sa présentation, la mouche poursuivit son introduction :

mouche–      Durant ces 3 jours, poursuivi l’insecte à la connaissance suprême,  les plus éminents spécialistes de la planète Terre viendront nous faire partager leurs observations afin d’éclairer notre jugement. Si un élément vous semble requérir plus de précisions, vous pourrez à tout moment les interroger. De même pour les 5 humains qui sont à notre disposition.

–      Au terme du troisième jour,  comme le prévoit notre convention, nous aurons à arrêter une décision qui cèlera l’avenir de la planète Terre. Soit nous déciderons de,laisser se poursuivre l’expérience, soit nous considérerons qu’elle présente trop de dangers et déciderons d’y mettre un terme.

C’est là que j’ai vraiment compris que l’heure était grave.

Dès la fin de cette entrée en matière, l’éclairage de nos box se réduisit pour se concentrer sur un box resté dans l’ombre jusque-là, et que je n’avais pas remarqué. Dans ce box se trouvait une autre mouche en tous points semblable à la première.Tout au long de mon séjour en ce lieu il en sera ainsi, les orateurs se succéderons sans qu’aucune présentation ne soit nécessaire, sans aucune perte de temps lors d’un changement d’intervenant, qui apparaît comme par magie dans un des box libres. De même dès que l’un de nous prend la parole, une fraction de seconde avant son intervention il se trouve enveloppé d’un halo de lumière douce de façon à ce que toute l’attention se concentre sur lui.

Ainsi, rien ne venait détourner notre attention de l’essentiel  de la réunion.

Une organisation maîtrisée

Dès la fin de chaque séance la porte de notre box s’ouvre et sans qu’il soit besoin de nous en donner l’ordre nous regagnions nos appartements. Un petit aparté pour vous faire part de ce que personnellement je n’ai compris que bien plus tard, c’est que 3 jours de débat, quand les heures font 4 heures 30, c’est long…c’est très long.

Dès que nous revenions dans nos appartements, sans qu’aucun contact physique ne soit possible avec nos hôtes, une voix  s’enquérait de nos moindres désirs. Tous les désirs raisonnables étaient exhaussés dans l’instant, sans que jamais je ne sois parvenue à les mettre en échec.

Lors de la première interruption de séance, il me tardait de pouvoir converser avec mes quatre codétenus, afin d’essayer d’en apprendre un peu plus sur ce qui nous arrivait et pourquoi pas, arrêter une stratégie afin de mettre un terme à cette mascarade. Mais là, grosse difficulté de compréhension, j’ai eu beau essayer le français, l’italien et espagnol, trois langues que je maîtrise honorablement, rien à faire. Le seul contact que j’ai pu établir c’est avec le noir américain, qui ne parlait bien sûr qu’américain. Comme mes connaissances en anglais se limitent à une dizaine de mots, notre conversation a vite tourné court.

Et là, ça a eu le don de me mettre dans une rogne terrible.

Merde !! Je venais de passer 4 heures 30 à écouter parler les mouches et j’étais incapable d’échanger 3 paroles avec mes semblables !

 J’ai poussé une gueulante vers le haut-parleur de la voie off, chargé de s’enquérir de nos désirs, et je lui ai expliqué le ridicule de la situation.

Et miracle, moins de trois minutes après quand le chinois parlait il s’exprimait pour moi en français, et l’américain l’entendait en américain et ainsi de suite pour chacun de nous.

Il suffisait de demander !

C’est comme ça que j’ai su que celui que je prenais pour un Péruvien et qui refusait de comprendre mon espagnol, venait en fait de la forêt amazonienne et qu’il ne s’exprimait que dans son dialecte tribal.

Bon, revenons-en à la mouche N°2 qui venait d’entrer en scène. J’ai pu la détailler un peu mieux que la précédente, tout d’abord parce qu’elle était plus près de nous et puis surtout parce que je commençais à m’habituer à la présence de ces insectes.

Je sais pas comment vous auriez réagi vous, mais moi rien qu’une petite araignée ça me glace le sang, alors une mouche de 40 cm, au premier abord j’évite de la regarder dans les yeux.

Un abdomen de couleur gris foncé avec des reflets métalliques, des ailes transparentes, une tête très mobile avec de gros yeux a facettes, 3 paires de pattes. Cette mouche ressemblait en plus grand à celles que nous connaissons chez nous. Seule particularité que nos mouches n’ont pas, tout au moins chez celles que j’ai pu observer depuis, les deux paires de pattes antérieures étaient terminées par une pince très maniable permettant des manipulations précises et en tous sens.

Vous rapporter tous les propos de la mouche N°2 serait fastidieux et hors de mes compétences, car lors de cette première séance je n’avais pas la disposition de mon matériel de prise de notes. Pendant environ 4 heures de notre temps, cette mouche a expliqué l’apparition de la vie sur terre et retracé les différentes étapes de l’évolution jusqu’à ce que se dégage une espèce supérieure :  la notre.

Voici un résumé de ce que j’en ai retenu :

Rappel historique

Il y a un milliard cent millions d’années universelles (soit environ 5 milliards d’années de chez nous), une des espèces de l’époque, qui avait atteint la connaissance suprême a fait le voyage jusque sur notre planète pour y  porter la vie sous une forme primitive. A ce que j’en ai compris, c’est une sorte de challenge. Dès qu’on atteint la connaissance suprême, on se doit, si l’occasion se présente, d’aller ensemencer une planète qui jusque-là était stérile. Malgré le temps écoulé, la mouche N°2 possédait un maximum de détails sur le déroulement de cette fécondation. Même qu’en quelque sorte il y avait eu fausse couche puisqu’ils avaient dû s’y reprendre à deux fois. Notre orateur avait d’autant plus de mérite d’avoir mis la main sur ces archives que l’espèce en question avait disparue corps et âmes depuis belle lurette lors de l’extinction de la planète sur laquelle elle vivait.

Suite à cette disparition, c’est la planète des mouches qui avait hérité de la responsabilité de surveiller l’évolution de la vie sur notre planète. Cette surveillance semblait très importante à leurs yeux, car à les écouter, l’équilibre de l’univers serait très fragile et ils craignaient qu’un comportement inconséquent de la nouvelle forme de vie ne vienne un jour  compromettre cet équilibre et ainsi mettre en danger la vie des autres espèces.

C’est bien connu, rien de plus ingrat que les enfants.

C’est l’américain qui a osé le premier couper la parole à la mouche N° 2.

–     Pourquoi diable n’occupez pas vous-même la nouvelle planète, plutôt que d’y laisser  se développer une forme de vie que vous ne maîtrisez pas, et qui peut par la suite vous être hostile ?

Comme si la question était venue d’un invité de marque, la mouche N° 2 a pris tout le temps nécessaire pour lui expliquer pourquoi cela ne se pouvait.

Je vous le conterai dans un prochain épisode.

A suivre….

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