Le jugement (2nd épisode)

 Aglaé

Aglaé, c’est mon amie depuis l’âge de 12 ans. Et ça, c’est un véritable exploit. Parce qu’avec elle, une relation qui dure plus de six mois c’est rare. Très rare. C’est une fille avec l'aimable autorisation de jscreationzs / FreeDigitalPhotos.netextra, qui croque la vie à pleines dents, mais qui souffre d’une franchise destructrice. Elle dit toujours ce qu’elle pense et elle n’a jamais appris à tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de parler. Et ça, ça fait des dégâts.

Comme elle est mignonne et gaie, elle ne manque pas de prétendants. Au début, systématiquement,  ils trouvent tous sa spontanéité géniale, mais ils changent habituellement d’avis après l’avoir présentée à leurs parents.

Côté boulot c’est pareil, elle décroche toujours des postes intéressants, mais ça ne dure jamais très longtemps.

Dans un de ses derniers jobs, son patron qui avait une cinquantaine bien tassée s’est risqué à la gratifier un jour d’un diminutif affectueux en l’appelant « mon petit lapin ». La première fois, surprise, elle a fait semblant de rien. La seconde fois elle a mis les point sur les i en lui précisant qu’elle n’était pas un petit lapin, et encore moins son petit lapin. Malheureusement il a osé une troisième tentative. Le lendemain elle s’est acheté un costume de Bunny et elle s’est pointée au bureau dans son déguisement. Elle a expliqué le plus naturellement du monde, qu’elle pensait ainsi faire  plaisir à son patron, vu que de temps en temps il l’appelait « mon petit lapin ». Comme la femme du dit patron travaillait tous les matins à l’agence et que bien sûr elle n’était pas au courant, il y a eu des explications houleuses. Il a fallu toute la persuasion de ses collègues pour qu’elle accepte de revenir chez elle se changer, car elle était bien décidée à finir sa journée de travail dans sa tenue. Elle a démissionné quinze jours après cet incident, car selon son expression, l’ambiance au bureau était plombée….

Donc quand Aglaé a bien voulu écouter mon histoire jusqu’au bout, cela m’a fait un bien énorme. Et quand incrédule je lui ai demandé :

–           et tu me crois ?

Et qu’elle m’a répondu :

–           bien sûr, tu m’as jamais menti, et je ne vois pas pourquoi tu m’inventerai une histoire pareille.

Je me suis sentie toute revigorée.

–          Mais tu es la seule à me croire, tous les autres me traitent d’affabulatrice, je suis d’ailleurs un traitement pour ça.

–          T’occupes pas des autres m’a répondu Aglaé, c’est eux qui sont malades, pas toi.

Voici donc l’histoire qu’Aglaé a acceptée :

Un hôtel particulier

Tout a donc commencé le 3 décembre 2005. Mes souvenirs retrouvés me ramènent à une chambre d’hôtel ultra moderne. Comme y suis-je arrivée ? Je n’en ai aucun souvenir. Mais j’ai peut-être là-dessus une explication que je vous soumettrai le moment venu.

Lors de ma prise de conscience dans cette chambre d’hôtel, je n’ai bizarrement le souvenir d’aucune panique, comme s’il était normal que je sois là. C’est donc tout naturellement que je suis ensuite sortie de ma chambre lorsque la porte s’est automatiquement ouverte. J’ai rejoint d’autres clients, ou tout au moins des gens que je prenais pour tels, et je les ai suivis. Nous étions cinq dans ce couloir d’hôtel, et nous sommes arrivés dans une salle où nous attendaient cinq fauteuils.

Dès que nous avons été installés, le mur qui se trouvait devant nous s’est éclairé, révélant une série de box vitrés. Cinq box étaient occupés, le premier par une mouche géante, le second par une sorte d’extra-terrestre aux grandes oreilles, le troisième par un mille-pattes géant lui aussi, le quatrième par un koala tout gris avec des pattes de singe et le dernier par un autre extra-terrestre avec une grosse tête surmontée d’antennes ridicules.

Mis à part mon amie Aglaé, à ce stade de mon récit je perçois habituellement le net décrochage de mon auditoire. Je comprends alors l’inutilité de poursuivre plus avant mon récit et j’envoie tout balader.

Une drôle d’histoire

La mouche a pris la parole. A ce que j’en ai compris, ce droit lui revenait en tant qu’organisatrice de notre réunion. Quand je dis qu’elle a pris la parole, je ne veux pas simplement dire qu’elle a fait du bruit avec sa bouche, je veux dire que je  comprenais ce qu’elle disait. Elle parlait d’ailleurs un excellent Français avec un accent très agréable.

Et merde, c’était une mouche qui parlait, c’est tout !

D’ailleurs tant que j’y suis, autant vous dire que les mille pattes, koala et autres extra-terrestres parlaient aussi un excellent français.

La mouche qui parlait français donc, après avoir remercié les autres d’avoir si promptement répondu à sa convocation a exposé à peu près en ces termes l’objet de notre réunion :

–           Nous sommes inquiets au plus haut point sur la tournure que prend l’évolution de la vie sur la planète Terre. Comme le prévoit le règlement, nous avons donc réuni une assemblée plénière  des espèces ayant accédé à la connaissance suprême pour en débattre et prendre éventuellement les décisions qui s’imposent.

A ce stade je m’imaginai encore faire partie des espèces ayant accédées…mais quand la mouche a dit :

–            .pour étayer notre réflexion, nous aurons à notre disposition, cinq spécimens de l’espèce terrestre qui nous inquiète.

J’ai alors  réalisé que je faisais partie des rats de laboratoire.

–          Afin de respecter au mieux les contraintes biologiques de chacun, a poursuivi la mouche, chacune de nos réunirons durera une heure, chaque séance étant séparée de la suivante et par alternance d’une coupure d’un quart d’heure puis d’une coupure de deux heures. Et ceci durant les 3 jours à venir.

–          ah non ! .me suis-je offusquée, ce rythme ne convient absolument pas à mes contraintes biologiques !

–          Nous mesurons le temps en heure universelle, me répondit la mouche. Une heure correspond à environ 4 heures 30  de votre temps.

–          Excusez-moi, je ne pouvais savoir, répondis-je sur un ton d’extrême humilité.

Un rapide calcul mental pour comprendre que nous allions être réunis sur des séances de 4 heures 30 et que nous aurions alternativement des pauses de 1 heure  et de 9 heures.

Voilà qui me convenait mieux…

à suivre…

2 réflexions au sujet de « Le jugement (2nd épisode) »

  1. qu’est ce que c’est que cette histoire… en tout cas, c’est prenant! j’attends la suite avec impatience…

    Bisous

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