la perception de la mort

Lors de l’écriture de la série Héritages, j’ai été conduit à m’interroger sur la façon dont la mort pouvait être perçue aux différents âges de l’humanité.

avec l'aimable autorisation de farconville / FreeDigitalPhotos.netDans le premier tome (Tous les sentiers sont possibles) édité fin Janvier 2014, mes personnages évoluent au tout début de l’humanité. Leur préoccupation permanente est la survie ; trouver de quoi se nourrir tout en échappant aux nombreux prédateurs, tel est leur souci quotidien. Dans ce contexte,  il n’y a pas de place pour la compassion. A cette époque, on meurt principalement par accident, rarement de vieillesse. La mort n’est pas réellement expliquée, elle est simplement constatée et interprétée comme  la séparation du corps  et de l’esprit de vie qui l’anime. La chasse  a appris aux hommes que l’esprit de vie quitte habituellement un corps meurtri. L’enveloppe charnelle qui reste après la mort peut être consommée, et l’absence d’empathie  ouvre la porte au cannibalisme.  Toujours par l’observation, on a compris qu’il faut apporter un maximum de confort à un corps blessé afin d’inciter son esprit de vie à ne pas s’en aller.  On ne s’interroge surement pas encore sur un monde de l’au-delà,  vers lequel une autre forme d’existence serait possible.

Un monde parallèle

Dans le second tome (Premiers obstacles sur le chemin) qui paraîtra vers le 25 Avril 2014, les consciences ont évolué. Nous sommes toujours à la préhistoire, mais 400 000 ans plus tard. Les hommes veulent déjà tout expliquer ; même ce qui les dépasse. Leur conscience de la mort est bien différente. Certes il y a toujours cette dissociation entre le corps et l’esprit, mais désormais il convient d’accompagner cet événement d’un rituel spécifique.  Ne pouvant apporter une explication rationnelle à ce changement d’état, on s’est inventé une légende moins traumatisante, et pour lui donner force on se doit de l’habiller d’un cérémonial rigoureux.  Imaginer un monde parallèle vers lequel partiraient  les esprits des morts était une croyance facile à instaurer. Ce monde parallèle est en effet parfaitement tangible et il se manifeste régulièrement. C’est la foudre, c’est le tremblement de terre, c’est l’arc en ciel qui sont autant de phénomènes inexplicables sans l’existence d’une volonté invisible qui commande tout cela. Comme l’esprit qui abandonne un corps meurtri est lui aussi invisible, rien d’étonnant qu’il reparte vers ce qui lui ressemble tant.

De nos jours

Aujourd’hui nous avons beaucoup progressé dans la compréhension des phénomènes naturels qui intriguaient tant nos ancêtres. Il est malgré tout intéressant de constater que certains rituels se sont perpétués jusqu’à nos jours, et que bien que le phénomène de la mort ait reçu une explication tant scientifique que philosophique, les rituels persistent.

C’est que la mort reste un sujet tabou, une échéance que l’on refuse d’envisager par peur de lui donner corps. C’est bien pourtant, dans toute une vie d’homme la seule certitude tangible à laquelle nul ne peut échapper.

Même dans le langage quotidien, on cherche à cacher une vérité dérangeante. On emploie des expressions comme « sauver une vie » pour dire que l’on a différé une mort, comme si cela pouvait laisser persister une illusion d’immortalité.

Depuis quelques décennies tout est fait pour bannir la mort de notre quotidien.  La chasse, première activité humaine, est aujourd’hui considérée par beaucoup comme une pratique barbare relevant d’une époque révolue. On fait tout pour occulter la relation viande/animal auprès des jeunes enfants. Les personnes âgées ne sont plus accompagnées vers la mort par leurs proches, mais confiés à des professionnels au sein de services de soins palliatifs.

Nous nous organisons au mieux pour éloigner de nous, autant que faire se peut, l’épreuve traumatisante qu’est la rencontre avec la mort. Épreuve traumatisante à double titre, par la perte qu’elle induit d’un être cher, et par la prise de conscience de notre propre mort à venir, et à laquelle malgré tous les efforts déployés nous n’arriverons pas à échapper.

Je demande par avance pardon aux lecteurs de cet article, pour avoir transgressé un tabou et les avoir peinés par une conclusion qui manque résolument d’optimisme. Mais pourtant il me semble que la vie a bien plus de saveur si l’on garde présent à l’esprit son caractère éphémère.

3 réflexions au sujet de « la perception de la mort »

  1. Bonjour Serge,
    Votre article est une preuve de votre courage devant l’acceptation des pertes, apprentissage qui mène à la perte totale et définitive. Elle est aussi démonstration d’une culture anthropologique véritable.
    Pour autant, je ne rejoins pas votre point de vue.
    La perte définitive et inéluctable des désirs et besoins physiques matériels n’est pas – selon moi – une disparition totale. Nous existons dans le monde matériel et physique pendant notre vie terrestre, mais aussi dans un monde immatériel d’un champs vibratoire qui contient toutes les potentialités d’être. Ce que j’ai pensé, fait, et dit ne disparaîtra pas dans ce champs. Il est ce qui est. Et le fait que j’ai existé, ne serait-ce qu’un instant, m’y inscrit dans une intemporalité qui contient présent, passé et avenir. Plus que jamais, vous êtes de ceux qui peuvent établir et perpétuer cette espérance ultime en l’être ultime qui est en chacun d’entre nous.
    De la vie à la mort : une transition ; pas une fin.
    Soyez comblé pendant vos jours et après vos jours.
    à vous lire…

  2. La science est en train de confirmer l’existence d’Univers parallèles. les anciens le savait peut-être déjà en tout cas l’hindouisme le pratiquait par la réincarnation, la notion de réincarnation éradiquée par la chrétienté par un souci d’hégémonie.
    L’entité âme/esprit existe éternellement à même titre que le photon.
    Soyons le vecteur de cette foi en la pluridimensionnalité de l’Univers pour aider nos semblables à vivre sereinement ce changement de paradigme.
    Avec mon respect pour votre travail et mes amitiés

  3. Bonjour Christian et Gérard,
    Je vous remercie tout d’abord de votre intérêt et de vos observations qui m’interpellent. Je me permets de vous faire une réponse commune car vos commentaires vont dans le même sens.
    Personnellement, je n’éprouve pas le besoin d’un au-delà. Cela n’implique pas que j’en réfute l’existence, mais je considère que si une existence parallèle se poursuit après la mort ce ne peut être qu’une autre aventure, dans une autre dimension, et non la poursuite de la même aventure dans une autre dimension. Partant de là, toutes les supputations sont possibles, mais mes connaissances ne me permettent pas de dégager une théorie plus rationnelle que les autres.
    J’ai donc pris le parti de laisser ce sujet à d’autres qui en ressentent le besoin et parviennent par la foi à dégager une orientation qui leur convient.
    Pour moi la vie se suffit à elle-même, et je considère comme un tout dont je savoure chaque instant, le laps de temps qui m’est imparti entre ma naissance et ma mort. L’immortalité ne m’intéresse pas en tant qu’individu, par contre il m’est agréable de penser que je suis le maillon d’une chaine qui se perpétue à travers ma descendance. Cette chaine se perpétuera tant que les conditions environnementales le permettront et c’est pour cela que je m’indigne du fait que l’homme, par son action, dégrade aujourd’hui en conscience ces conditions.
    En tout cas merci à vous deux de vos visions différentes et enrichissantes.

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