Les écureuils

Une île

Imaginons une île vierge de toute vie animale, principalement peuplée de végétaux, avec pour variété dominante un arbuste produisant une très jolie noisette.

avec l'aimable autorisation de Salvatore Vuono de FreeDigitalPhotos.net

Par le truchement d’un tronc dérivant arraché à une côte lointaine par la dernière tempête, arrive un beau jour sur cette île, une famille d’écureuils affamés par leur long voyage. Les écureuils, ravis de l’aubaine, prennent possession de l’île et s’y installent. L’île est un véritable paradis pour eux, la nourriture abondante et l’absence de prédateurs font que quelques années plus tard leur population a considérablement augmentée.

Règle numéro un : En milieu favorable et en l’absence de prédateurs, toute forme de vie poursuit son expansion jusqu’à saturation du milieu.

La vie

Dans ces conditions, il arrive forcément un moment où le nombre d’écureuils va devenir trop important pour les ressources de l’île. Les noisettes étant maintenant en quantité insuffisante, seuls les écureuils les plus actifs vont pouvoir se nourrir convenablement. Les plus faibles, ceux qui sont malades, les plus jeunes et les plus âgés vont connaitre les affres de la famine. La population de l’île va s’équilibrer en fonction de la production annuelle de noisettes. Les écureuils, en concurrence permanente pour la nourriture, se volent et se chamaillent en permanence. L’île à  perdu son caractère paradisiaque.

Règle numéro deux : Une fois le milieu saturé, la concurrence entre individus va stabiliser la population à son maximum acceptable.

Pendant quelques années encore la population d’écureuils se maintient, progressant les bonnes années et régressant dès que la production de noisettes diminue. Cette surconsommation des noisettes va avoir une autre conséquence, prévisible pour nous humains mais que les écureuils ne peuvent envisager : c’est que depuis quelques années comme aucune noisette n’est gaspillée, il n’y a plus sur l’île un seul nouveau pied de noisetier qui pousse. Les plans existant vieillissent et sont de moins en moins productifs. Toujours régulée par la production de noisettes, la  population d’écureuils régresse. Elle reste malgré tout, toujours supérieure aux capacités de l’île. Un jour, le dernier écureuil de l’île s’éteindra, par manque de nourriture. Alors, peut être qu’un vieux noisetier aura encore la force de produire une dernière récolte, et comme il n’y aura plus d’écureuils pour  manger ces ultimes noisettes, l’on verra apparaître à la saison prochaine de nouveaux plans de noisetiers porteurs de promesses.

Règle numéro trois : Toute forme de vie exerce une pression sur son environnement. une pression trop forte revêt un caractère suicidaire.

Une loi universelle

Mon empathie pour les écureuils me fait regretter leur disparition, et me laisse une sensation confuse d’échec. Pourtant si échec il y a je ne peux en rendre les écureuils responsables. Ils n’ont fait que prospérer en milieu favorable, comme l’impose à toute espèce vivante, tant animale que végétale la loi universelle de la vie.

Cette fiction, au travers des interactions et de la concurrence que se livrent écureuils et noisetiers, me fait envisager une règle universelle, qui régirait tout cela. Certains invoqueront une volonté divine, d’autres parleront de destinée. J’entrevois, moi une loi bien plus simple qui commande à la vie sous toutes ses formes de prospérer tant qu’elle le peut, sans autre forme de calcul, simplement en se multipliant et en s’adaptant. Jamais dans cette loi l’éternité n’est promise, car dans un univers en évolution il y a un temps pour tout, mais pas déternité.

Il y a le temps de l’individu, le temps de l’espèce, le temps de la vie et enfin le temps de l’univers. Depuis l’origine de la vie sur notre planète des milliards d’individus et des milliers d’espèces ont disparus. Avant que l’expansion de l’univers fasse disparaître toute trace de vie à la surface de la terre, d’autres milliards d’individus et d’autres milliers d’espèces disparaîtront, sans que l’on puisse pour autant parler d’échec.

Le seul échec possible  en la matière, serait que l’humanité, espèce qui a su se hisser au sommet de la pyramide de la vie et a acquis la connaissance, vienne à précipiter son extinction par une action inconsidérée.

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